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Synthèse bibliographique | Interfaces & Gradients

Notre activité principale consiste à réaliser des diagnostics des fuites de phosphore à l’échelle de bassins versants. Les résultats de ces études soulèvent fréquemment des questions relatives à d’autres thématiques. Cela nous amènent à réaliser des synthèses bibliographiques sur ces sujets.


Word Clouds - 11


L’AMPA dans l’eau de surface, produit de dégradation des phosphonates des détergents

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L’AMPA dans l’eau de surface,

produit de dégradation des phosphonates des détergents.

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En se dégradant, les phosphonates présents dans les détergents produisent de l’AMPA.

Alors que le glyphosate est très rarement détecté en l’absence d’AMPA (2.3 %) l’AMPA est détecté sans glyphosate dans 17.9 % des échantillons analysés par Battaglin et al. (2014). C’est principalement dans les effluents traités des stations d’épuration que l’AMPA est détecté seul. De même, par temps sec, Botta et al. (2009) ont systématiquement détecté de l’AMPA dans les réseaux d’eaux pluviales, aux heures correspondant à l’utilisation de détergents. D’après ces auteurs, l’AMPA alors mesuré a une origine domestique. Il serait issu de la dégradation de phosphonates présents dans les détergents. Le glyphosate et l’AMPA font partie de cette famille mais d’autres molécules, qui ne sont pas considérées comme des pesticides, y appartiennent également comme : l’ATMP , l’EDTMP , l’HDTMP , le DTPMP . Ces molécules sont susceptibles de produire de l’AMPA. Dans les stations d’épuration, l’élimination des phosphonates observée est essentiellement due à un phénomène d’adsorption sur les boues (Jaworska et al.., 2002). Les premiers phosphonates ont été synthétisés dans les années 1960, principalement pour leur action de séquestration d’éléments métalliques. Ils sont utilisés dans les produits domestiques de nettoyage et de blanchisserie (lessives, produits de lave-vaisselle, …).

Ils servent également à inhiber la corrosion et l’entartrage dans les systèmes de refroidissement industriels. Les phosphonates permettent également de stabiliser les agents de blanchiment. (Joworska et al., 2002 ; Nowack, 2003)

Au début des années 1990, le volume total de phosphonates utilisé était estimé à environ 11000 t/an en Europe. Aux Pays-Bas, Traas et Smit (2003) et Jaworska et al. (2002) ont estimé à environ 531 et 477 t/an l’utilisation industrielle et domestique de phosphonates (respectivement en 2002 et entre 1995 et 1998). L’utilisation industrielle représentait respectivement 19 et 26 % de ce volume en 1995 et en 1998. Traas et Smit (2003) ont estimé à 7 t/an, la contribution des phosphonates à la quantité d’AMPA retrouvée dans l’eau de surface, contre 63 t/an pour le glyphosate. Ce sont donc 10% de l’AMPA transporté annuellement par les cours d’eau qui proviendraient de l’utilisation domestique et industrielle de phosphonates. Cette proportion est toutefois variable. En effet, la contribution du glyphosate, étant appliqué sur les parcelles principalement en été, serait dominante en basses eaux, alors que la contribution des phosphonates non agricoles serait majoritaire en hautes eaux.

Les phosphonates des détergents sont transportés via les réseaux (eaux usées et eaux pluviales)

et potentiellement via les fossés de route.

Puisque les phosphonates pouvant produire de l’AMPA sont principalement utilisés dans le détergents domestiques et industriels, ils transitent logiquement dans les réseaux d’eaux usées et les stations d’épuration avant de rejoindre les eaux de surface. Ainsi, Kolpin et al. (2006) ont mesuré une augmentation significative des concentrations en AMPA à l’aval de stations d’épuration, ainsi que de fortes concentrations dans les effluents traités. Le glyphosate ayant aussi été détecté dans certains effluents traités, les auteurs en ont conclu que la source d’AMPA dans ces stations d’épuration était double : le glyphosate et les phosphonates des détergents. La concentration moyenne en AMPA dans les effluents traités analysée est d’environ 0.7 µg/L (ci-contre). Ghanem et al. (2007) ont étudié la concentration en AMPA dans les boues de 4 stations d’épuration françaises. Les concentrations moyennes mesurées pour le glyphosate sont comprises entre 0.4 et 1.4 mg/kg alors que celles de l’AMPA peuvent être 20 fois plus importantes (2.8 à 20.3 mg/kg). Un pic d’AMPA à 33.3 mg/kg a même été obtenu dans les boues d’une station donc le réseau est séparatif. Les phosphonates et l’AMPA qui en est issu transitent donc bien par le réseau de collecte et de traitement des eaux usées.

Il a été montré précédemment que les eaux pluviales pouvaient s’introduire dans les réseaux d’eaux usées. Une intrusion d’eaux usées dans les réseaux d’eaux pluviales est également possible, soit par manque d’étanchéité des réseaux, soit à cause d’erreur de branchement de la part des particuliers (DMEAU, Com.Pers., 2016). Botta et al. (2009) ont ainsi mesuré les concentrations maximales en AMPA et en ammonium dans un réseau d’eaux pluviales sur une journée complète durant laquelle il n’a pas plu pendant les

périodes d’utilisation des détergents des particuliers : 6h-8h et 21h-00h. D’après Tang et al. (2015), des phosphonates et de l’AMPA issus du lavage des véhicules peuvent également être transportés jusqu’au réseau hydrographique via les réseaux d’eaux pluviales. De manière plus diffuse, l’assainissement non collectif pourrait également contribuer au flux d’AMPA atteignant les eaux de surface. En effet, en France, il arrive que les eaux grises des habitations non raccordées au réseau collectif soient directement rejetées dans des fossés de route, sans passer par l’installation de traitement individuelle (AELB, Com.Pers., 2016).

Concentration en AMPA par type d'échantillon (1. cours d'eau en amont de la station d'épuration ; 2. effluent traité, 3. cours d'eau directement en aval de la station; 4. cours d'eau plus en aval de la station ; 5. témoin) ; (Kolpin et al. 2006)

Concentration en AMPA par type d’échantillon (1. cours d’eau en amont de la station d’épuration ; 2. effluent traité, 3. cours d’eau directement en aval de la station; 4. cours d’eau plus en aval de la station ; 5. témoin) ; (Kolpin et al. 2006)

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Battaglin, W.A., Meyer, M.T., Kuivila, K.M., Dietze, J.E., 2014. Glyphosate and Its Degradation Product AMPA Occur Frequently and Widely in U.S. Soils, Surface Water, Groundwater, and Precipitation. JAWRA Journal of the American Water Resources Association 50, 275–290. doi:10.1111/jawr.12159

Botta, F., Lavison, G., Couturier, G., Alliot, F., Moreau-Guigon, E., Fauchon, N., Guery, B., Chevreuil, M., Blanchoud, H., 2009. Transfer of glyphosate and its degradate AMPA to surface waters through urban sewerage systems. Chemosphere 77, 133–139. doi:10.1016/j.chemosphere.2009.05.008

Ghanem, A., Bados, P., Estaun, A.R., de Alencastro, L.F., Taibi, S., Einhorn, J., Mougin, C., 2007. Concentrations and specific loads of glyphosate, diuron, atrazine, nonylphenol and metabolites thereof in French urban sewage sludge. Chemosphere 69, 1368–1373. doi:10.1016/ j.chemosphere.2007.05.022

Jaworska, J., Van Genderen-Takken, H., Hanstveit, A., van de Plassche, E., Feijtel, T., 2002. Environmental risk assessment of phosphonates, used in domestic laundry and cleaning agents in the Netherlands. Chemosphere 47, 655–665. doi:10.1016/S0045-6535(01)00328-9

Kolpin, D.W., Thurman, E.M., Lee, E.A., Meyer, M.T., Furlong, E.T., Glassmeyer, S.T., 2006. Urban contributions of glyphosate and its degradate AMPA to streams in the United States. Science of The Total Environment 354, 191–197. doi:10.1016/j.scitotenv.2005.01.028

Nowack, B., 2003. Environmental chemistry of phosphonates. Water Research 37, 2533–2546. doi:10.1016/S0043-1354(03)00079-4

Tang, T., Boënne, W., Desmet, N., Seuntjens, P., Bronders, J., van Griensven, A., 2015. Quantification and characterization of glyphosate use and loss in a residential area. Science of The Total Environment 517, 207–214. doi:10.1016/j.scitotenv.2015.02.040

Traas, T.P., Smit, C.E., 2003. Environmental Risk Limits for aminomethylphosphonic acid (AMPA) (No. RIVM report 601501018/2003). National Institute of Public Health and Environment, Bilthoven, The Netherlands.


L’AMPA dans l’eau de surface, produit de dégradation du glyphosate urbain

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L’AMPA dans l’eau de surface,

produit de dégradation du glyphosate urbain.

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Les particuliers, les communes et les professionnels appliquent 10 à 20% du glyphosate utilisé dans le monde

C’est le secteur agricole qui utilise la plus grande proportion du glyphosate commercialisé. Elle était de 90% dans les années 1990 en République Fédérale d’Allemagne (Skark et al., 1998). En 2002, cette proportion est estimée à 79% (Figure ci-contre) par Traas et Smit (2003). Le traitement de surfaces imperméabilisées représente alors 18% de la quantité totale de glyphosate utilisée. En 2007, aux Etats Unis, 9300 tonnes de glyphosate ont été appliquées pour un usage non agricole, soit 10.1 % de la quantité totale (Battaglin et al., 2014).

Les acteurs non agricoles utilisant le glyphosate sont divers. Il s’agit notamment des particuliers, des communes ou encore de professionnels. En Suisse, sur le bassin versant étudié par Hanke et al. (2010), il est estimé que les professionnels utilisent 45 fois plus de glyphosate (18 kg pendant l’étude) que les particuliers (0.4 kg). De la même manière, Botta et al. (2009) évaluent entre 60 et 280 kg

Proportion (%) et tonnage annuel (t/an) de glyphosate utilisé par usage, aux Pays-Bas en 2002 (à partir de Traas et Smit, 2003)

Proportion (%) et tonnage annuel (t/an) de glyphosate utilisé par usage, aux Pays-Bas en 2002 (à partir de Traas et Smit, 2003)

Part du glyphosate appliqué dans un lotissement, par type de surface (%) et dose appliquée (g/ha) (d'après et al., 2015)

Part du glyphosate appliqué dans un lotissement, par type de surface (%) et dose appliquée (g/ha) (d’après Tang et al., 2015)

la quantité de glyphosate utilisée en 2006 sur le bassin versant de l’Orge (956 km², France) pour la maintenance du réseau ferré. Enfin, Hanke et al. (2010) ont estimé à 90% la part de particuliers utilisant des produits de protection des plantes pour lutter contre les mauvaises herbes.

Les particuliers peuvent utiliser le glyphosate pour traiter différents types de surfaces. Si l’utilisation principale est faite dans les jardins, il apparait également que cette molécule est appliquée sur des surfaces imperméables. La dose appliquée varie selon la surface traitée (Figure ci-contre). Elle est estimée à environ 6900 g/ha pour les chemins sur sol nu et à alors qu’elle est estimée à 3600 g/ha pour les surfaces peu ou pas perméables (asphalte, béton et pavés). En milieu rural comme en milieu urbain, il arrive également que les particuliers traitent les bordures de fossés ou encore les avaloirs des réseaux d’eau pluviale (Interfaces & Gradients, Com.Pers, 2015). Cela est pourtant interdit en France. (Arrêté du 1er février 2008).

Le glyphosate et l’AMPA sont principalement transportés par l’eau de ruissellement

Plus le temps est long entre l’application et la première pluie génératrice de ruissellement, plus le glyphosate appliqué aura eu le temps d’être transformé en AMPA. Comme la vitesse de dégradation de l’AMPA est plus lente que celle du glyphosate, l’AMPA à tendance à s’accumuler sur les surfaces traitées. Les auteurs s’accordent sur le fait que ce sont les cinq premiers millimètres de pluie, après application, qui causent la pluie grande partie des transferts de glyphosate (et donc d’AMPA). (Tang et al., 2015)

La part du glyphosate appliqué qui est transférée par le biais du ruissellement est très variable. Dans l’étude de Tang et al. (2015), elle est de 0.84%. Les auteurs expliquent notamment cette faible valeur par la dominance de surfaces perméables sur leur site mais aussi par la dominance des matériaux imperméables polaires, comme le béton, sur lesquels le glyphosate et l’AMPA, ayant également des fonctions polaires, peuvent être retenus. En fonction des études, des évènements pluvieux et des matériaux étudiés, le taux de transfert du glyphosate en milieu urbain peut atteindre 35%.

Dans un réseau d’eau pluviale français, Botta et al. (2009) ont ainsi mesuré une concentration de glyphosate maximale de 90 µg/L (en moyenne elles sont de l’ordre de quelques microgrammes par litre). Durant l’expérimentation de Tang et al. (2015), les concentrations étaient systématiquement supérieures à 0.1 µ/L, avec des concentrations maximales de 6.1 et de 5.8 µ/L pour le glyphosate et l’AMPA respectivement, dans les eaux pluviales urbaines. De la même manière, dans un réseau unitaire, Hanke et al. (2010) ont mesuré des concentrations en glyphosate allant de 0.43 à 3.4 µg/L.

Des intrusions d’eaux pluviales dans les réseaux d’eaux usées sont fréquemment observées dans le grand ouest (DMEAU, Com.Pers., 2016). Le glyphosate et l’AMPA qui en provient sont donc susceptibles d’être détectés dans les effluents traités des stations d’épuration. Ainsi, le glyphosate a été mesuré dans 27.3% des effluents traités des 10 stations d’épuration étudiées par Kolpin et al. (2006) alors qu’il n’est détecté que de 12.6% des cas en amont des stations (Figure ci-dessous).

Concentration en glyphosate par type d'échantillon (1. cours d'eau en amont de la station d'épuration ; 2. effluent traité, 3. cours d'eau directement en aval de la station; 4. cours d'eau plus en aval de la station ; 5. témoin) ; (Kolpin et al. 2006)

Concentration en glyphosate par type d’échantillon (1. cours d’eau en amont de la station d’épuration ; 2. effluent traité, 3. cours d’eau directement en aval de la station; 4. cours d’eau plus en aval de la station ; 5. témoin) ; (Kolpin et al. 2006)

Les auteurs s’accordent donc pour dire que l’AMPA, issu de la dégradation du glyphosate, est majoritairement transporté par l’eau ruisselée, à la fois en milieu agricole et en milieu urbain. Il peut alors être transporté sur les sols et les surfaces imperméabilisées et à travers les réseaux d’eaux pluviales et d’eaux usées.

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Battaglin, W.A., Meyer, M.T., Kuivila, K.M., Dietze, J.E., 2014. Glyphosate and Its Degradation Product AMPA Occur Frequently and Widely in U.S. Soils, Surface Water, Groundwater, and Precipitation. JAWRA Journal of the American Water Resources Association 50, 275–290. doi:10.1111/jawr.12159

Botta, F., Lavison, G., Couturier, G., Alliot, F., Moreau-Guigon, E., Fauchon, N., Guery, B., Chevreuil, M., Blanchoud, H., 2009. Transfer of glyphosate and its degradate AMPA to surface waters through urban sewerage systems. Chemosphere 77, 133–139. doi:10.1016/j.chemosphere.2009.05.008

Hanke, I., Wittmer, I., Bischofberger, S., Stamm, C., Singer, H., 2010. Relevance of urban glyphosate use for surface water quality. Chemosphere 81, 422–429. doi:10.1016/j.chemosphere.2010.06.067

Kolpin, D.W., Thurman, E.M., Lee, E.A., Meyer, M.T., Furlong, E.T., Glassmeyer, S.T., 2006. Urban contributions of glyphosate and its degradate AMPA to streams in the United States. Science of The Total Environment 354, 191–197. doi:10.1016/j.scitotenv.2005.01.028

Skark, C., Zullei-seibert, N., Schöttler, U., Schlett, C., 1998. The Occurrence of Glyphosate in Surface Water. International Journal of Environmental Analytical Chemistry 70, 93–104. doi:10.1080/03067319808032607

Tang, T., Boënne, W., Desmet, N., Seuntjens, P., Bronders, J., van Griensven, A., 2015. Quantification and characterization of glyphosate use and loss in a residential area. Science of The Total Environment 517, 207–214. doi:10.1016/j.scitotenv.2015.02.040

Traas, T.P., Smit, C.E., 2003. Environmental Risk Limits for aminomethylphosphonic acid (AMPA) (No. RIVM report 601501018/2003). National Institute of Public Health and Environment, Bilthoven, The Netherlands.


L’AMPA dans l’eau de surface, produit de dégradation du glyphosate agricole

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L’AMPA dans l’eau de surface,

produit de dégradation du glyphosate agricole.

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Le monde agricole applique 80 à 90% du glyphosate utilisé dans le monde

Il est admis que l’AMPA est le principal produit de dégradation du gylphosate [N-(phosphonomethyl)glycine], la molécule active du Roundup®, une mole de glyphosate pouvant produire une mole d’AMPA. Tout comme l’AMPA, le glyphosate est un phosphonate (Sviridov et al., 2015). Il est utilisé dans le monde entier comme herbicide à large spectre (non sélectif). Il a été introduit sur le marché mondial par Monsanto en 1974 (Gruewald et al., 2001). Son utilisation s’est accrue dans les années 1990, notamment aux Etats-Unis, suite à l’apparition de variétés génétiquement modifiées, résistantes au glyphosate (Kolpin et al., 2006). Son effet herbicide repose sur le fait qu’il inhibe l’activité d’une enzyme, l’EPSP synthase, qui participe à la synthèse d’acides aminés aromatiques, utilisés pour la synthèse des protéines. Le glyphosate n’est donc censé agir que sur les plantes, les bactéries et les champignons. Pourtant, des études ont montré des effets de cette molécule sur des espèces animales aquatiques et terrestres. (Aparicio et al., 2013 ; Li et al., 2016)

D’après les chiffres de l’observatoire des ventes de produits phytosanitaires, le glyphosate a été le pesticide le plus vendu en France en 2008, 2009 et 2010, devant le chlormequat chlorure (régulateur de croissance) et l’isoproturon (herbicide). Les ventes de glyphosate dans le monde ont connu une importante augmentation. En 1987, 3180 t de glyphosate ont été utilisées aux Etats Unis. Cette quantité a été multipliée par 26 en 2007 avec 82800 t (Battaglin et al., 2014).

Le glyphosate et l’AMPA sont principalement transportés par l’eau de ruissellement

Battaglin et al. (2014) ont analysé plus de 3687 échantillons d’eaux de diverses origines, aux Etats Unis : cours d’eau, eaux souterraines, fossés et drains, eaux du sol, lacs et zones humides, ou encore précipitations. C’est dans les eaux souterraines que le glyphosate et l’AMPA ont été les moins détectés avec des concentrations médianes observées inférieures à 0.02 µg/L. A l’inverse, le glyphosate a été mesuré dans 71 % des échantillons de fossés et de drains (80.7 % pour l’AMPA), où la concentration médiane atteint 0.20 µg/L (0.43 pour l’AMPA). Un prélèvement présente même une concentration en glyphosate de 427 µg/L. Ces résultats montrent que le glyphosate et l’AMPA sont moins susceptibles d’être transportés par voie souterraine que par transfert de surface.

Les plus fortes concentrations en glyphosate dans les cours d’eau sont observées pendant le premier évènement pluvieux après l’application de cette molécule. Plus le temps entre cette pluie et l’application est long, plus c’est de l’AMPA qui est disponible pour le transport et non du glyphosate. Dans leur étude, Coupe et al. (2011) ont montré que 0.012 à 1.8 % du glyphosate appliqué en agriculture était transporté, sous forme de glyphosate ou d’AMPA, vers les eaux de surface (sous forme dissoute). Plus les sols sont perméables, moins il y a de ruissellement et donc moins il y a de transferts de glyphosate et d’AMPA.

Sur deux parcelles viticoles suisses, choisies pour leur important risque potentiel de transfert de produits phytosanitaires (pente de 15 et environ 25%), Daouk et al. (2013) ont étudié le transport du glyphosate et de l’AMPA. Pour la parcelle la plus pentue, 19 % du glyphosate appliqué ont été transportés par ruissellement en 2011, contre seulement 1 % par transfert de sub-surface (respectivement 9 et 0.3 % en 2010). Ainsi, sur deux années d’expérimentation, ce sont en moyenne 96 % du glyphosate exporté qui sont transportés par ruissellement. Il est donc possible de conclure que les transferts de surface sont dominants dans la dynamique du glyphosate et de l’AMPA. Dans l’eau de ruissellement, les concentrations maximales obtenues sont de 110 µg/L pour le glyphosate et 14 µg/L pour l’AMPA.

Le glyphosate et l’AMPA ont également été détectés dans l’air et dans les précipitations. Les résultats de l’étude menée par Chang et al. (2011) montre que le glyphosate est détecté dans plus de 60 % des échantillons d’air et de précipitations. Dans l’eau de pluie, les auteurs ont mesurés des concentrations de glyphosate et d’AMPA allant de moins de 0.1 à 2.0 µg/L. Des concentrations du même ordre de grandeur ont été mesurées par Battaglin et al. (2014) avec une médiane à 0.11 µg/L et un maximum à 2.50 µg/L pour le glyphosate. D’après Chang et al. (2011), le transport aérien du glyphosate et de l’AMPA est contrôlé par deux mécanismes : l’érosion éolienne en dehors des périodes d’utilisation (100 %) et la dérive de pulvérisation pendant l’application des produits phytosanitaires (60-80 %) ; les concentrations maximales dans l’eau de pluie étant obtenues pendant les périodes d’application. Les auteurs ont estimés à 0.1 et 0.7 % la part du glyphosate appliqué transportée par l’air pour le Mississippi et l’Iowa respectivement. (Chang et al., 2011)

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Aparicio, V.C., De Gerónimo, E., Marino, D., Primost, J., Carriquiriborde, P., Costa, J.L., 2013. Environmental fate of glyphosate and aminomethylphosphonic acid in surface waters and soil of agricultural basins. Chemosphere 93, 1866–1873. doi:10.1016/j.chemosphere.2013.06.041

Battaglin, W.A., Meyer, M.T., Kuivila, K.M., Dietze, J.E., 2014. Glyphosate and Its Degradation Product AMPA Occur Frequently and Widely in U.S. Soils, Surface Water, Groundwater, and Precipitation. JAWRA Journal of the American Water Resources Association 50, 275–290. doi:10.1111/jawr.12159

Chang, F., Simcik, M.F., Capel, P.D., 2011. Occurrence and fate of the herbicide glyphosate and its degradate aminomethylphosphonic acid in the atmosphere. Environmental Toxicology and Chemistry 30, 548–555. doi:10.1002/etc.431

Coupe, R.H., Kalkhoff, S.J., Capel, P.D., Gregoire, C., 2011. Fate and transport of glyphosate and aminomethylphosphonic acid in surface waters of agricultural basins. Pest Management Science 68, 16–30. doi:10.1002/ps.2212

Daouk, S., De Alencastro, L.F., Pfeifer, H.-R., 2013. The herbicide glyphosate and its metabolite AMPA in the Lavaux vineyard area, western Switzerland: Proof of widespread export to surface waters. Part II: The role of infiltration and surface runoff. Journal of Environmental Science and Health, Part B 48, 725–736. doi:10.1080/03601234.2013.780548

Li, H., Joshi, S.R., Jaisi, D.P., 2016. Degradation and Isotope Source Tracking of Glyphosate and Aminomethylphosphonic Acid. Journal of Agricultural and Food Chemistry 64, 529–538. doi:10.1021/acs.jafc.5b04838

Sviridov, A.V., Shushkova, T.V., Ermakova, I.T., Ivanova, E.V., Epiktetov, D.O., Leontievsky, A.A., 2015. Microbial degradation of glyphosate herbicides (Review). Applied Biochemistry and Microbiology 51, 188–195. doi:10.1134/S0003683815020209

Le phosphore, une ressource non renouvelable : la situation en 2014

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Le phosphore,

une ressource non renouvelable.

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« Actuellement, nous gaspillons cette précieuse ressource et en faisons une substance polluante »

M. Janez Potočnik,

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Comme le pétrole, le phosphore est une ressource non renouvelable. En 2013, les 70 % des extractions minières étaient effectuées en Chine (97 Mt), aux Etats-Unis (32,3 Mt) et au Maroc (28 Mt). Ce dernier possède 75 % des réserves mondiales exploitables (50 000 Mt sur les 67 000 recensées par l’US Geological Survey). Les puits de phosphore, issus de dépôts sédimentaires, se concentrent en Afrique (Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Afrique du Sud) et en Asie occidentale (Jordanie, Irak, Syrie, Israël…). Les mines de phosphore, localisées dans des pays en tension, sont sources de conflits géopolitiques.

Comme pour le pétrole, de nouveaux gisements de phosphore sont régulièrement découverts : la production augmente encore. Mais Cordell et al. (2009) estiment que la totalité de la ressource de bonne qualité et facilement accessible aura été consommée en 2033. S’en suivra une diminution de la production mondiale, liée à des coûts de production trop élevés (gisement plus difficile d’accès et de moindre qualité).

De la même manière que le pétrole, le phosphore a un impact sur l’environnement et particulièrement sur la qualité de l’eau. Contrairement aux nitrates, le phosphore est principalement transporté vers les milieux aquatiques sous forme particulaire, fixé sur les particules de sol.

Le stock de phosphore des sédiments (plans d’eau et cours d’eau) est donc significatif. Mais cet élément peut être relargué dans l’eau à tout moment. Alors sous forme de phosphore soluble (ortho-phosphate), il participe au changement de niveau trophique de la masse d’eau, celle-ci pouvant atteindre un niveau dit « hyper-eutrophe ».

D’un point de vue économique, l’excès de phosphore dans l’eau entraine également des surcoûts lors de la production d’eau potable. Il n’y a pas de valeur impérative mais une valeur guide fixée à 0,7 mg P-P2O5/L. L’extraction des roches phosphatées a d’autres conséquences néfastes sur l’environnement avec la production de gaz à effet de serre et la libération d’éléments traces métalliques et de sous-produits radioactifs dans l’eau et le sol.

P-peak